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Le droit des enfants

 

Un article retrouvé au fil de mes "découpages" dans le magazine Elle, peut-être.

Claire Brisset

Journaliste, spécialisée dans les questions sociales, de santé et de développement (au "Figaro", puis au "Monde" et au "Monde diplomatique" de 1970 à 1986).

Claire Brisset a étré ensuite chargée des relations extrieures de l’Unicef à Genève puis à Paris.

Jusquà sa nomination en 2000, pour 6 ans, au poste de "défenseur des enfants".

Elle est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, dont

"la Santé dans le tiers-monde"

et

"Un monde qui dévore ses enfants" (Editions Liana Levi")

A.L. - Nous n’avons pas encore une conception claire des droits de l’enfants, dites-vous

C.B. - Non, nous avons beau être champions des droits de l’homme, avoir été parmi les premiers à ratifier la Convention des droits de l’enfant, nous sommes encore dans un système patriarcal, autoritaire.

On continue à considérer l’enfant comme un "être en formation", expression exaspérante, comme s’il n’était rien d ’autre qu’une ébauche de l’adulte accompli !

A.L. - On en prend pas la peine de l’entendre dans les tribunaux

C.B. ça, c’est un point qu’il faudrait vraiment améliorer !

Je soushaitais qu’on inclue dans la nouvelle loi sur le divorce l’audition systématique des enfants. Je n’ai pas été entendue.

Chez nous, elle reste facultative.

En allemagne, on ne peut pas prononcer un divorce sans entendre l’enfant dès qu’il est en âge de parler. Mais là encore, on tombe sur un problème de formation.

Savoir écouter un enfant relève de la professionnalité. Ni les magistrats, ni les policiers, ni les gendarmes ne sont vraiment formés pour le faire.

A.L. - Il y a Outreau, Angers, et ces chiffres que vous citez :

le nombre des agressions sexuelles sur des enfants a doublé en cinq ans, de l’avis de certains tribunaux, 89.000 signalements d’enfants en danger sont faits chaque année et,

dernière donnée effarante, 3 à 6 enfants meurent chaque semaine sous les coups des adultes.

*

Que peut faire le défenseur des enfants ?

C.B. - Le dire, Faire prendre conscience. Et provoquer une réflexion sur la société dans laquelle nous vivons de plus en plus érotisée, violante, où l’on n’ose plus énoncer l’interdit et où un nombre, semble-t-il croissant, de personnes n’ont pas intériorisé les interdits de la loi commune à toute l’humanité.

Il faut aussi alerter les pouvoirs publics sur les réformes à entreprendre.

Mieux former, mieux payer, mieux contrôler les travailleurs sociaux. Il n’est pas normal que des instances, dont le rôle est précisément de protéger les enfants, les laissent se faire fracasser come ça.

. . .

Chez nos voisins - allemands, belges, anglais .. - quand une famille apparaît potentiellement dangereuse, on le lui dit et on passe un contrat aavec elle.

Ou elle le respecte, ou les enfants sont placés.

En France, nous arrivons avec notre paternalisme : vous ne savez pas vous occuper de votre enfant. On vous l’enève.

Une fois l’enfant placé, on ne s’en occupe plus.

Je reçois des lettres de mères meurtries, désespérées.

A.L. Ce qui vous fait le plus honte ?

C.B. - Le sort que nous réservons à nos enfants handicapés. C’est un scandale national. Beaucoup de parents d’enfants polyhandicapés sont obligés de les envoyer en Belgique, où, on s’en occupe très bien, avec une dimension éducative trop souvent absente dans les établissements qui les accueillent en France.

Quant aux handicapés plus légers, ils sont des milliers à rester chez eux, alors qu’ils pourraient être accueillis dans des établissements scolaires si, là encore, les enseignants étaient formés pour les accueillir.

Ce dossier-là est l’une des priorité de ce quinqennat, mais nous sommes tellement en retard !

Quinze millions d’enfants à défendre "avec la collaboration de Véronique Bedin Editions Albin Michel

 
Claire Brisset
Claire Brisset
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